L'estime de soi est devenue un mot d'ordre du développement personnel contemporain. On en parle partout : dans les livres, les podcasts, les programmes de coaching. Mais derrière cette expression galvaudée, il existe une pédagogie profonde, rigoureuse et profondément humaine, qui invite à aller bien au-delà de la simple « confiance en soi ». C'est celle de Jean Monbourquette (1933–2011), prêtre, psychologue et écrivain canadien, qui a consacré sa vie à un projet audacieux : relier la psychologie et la spiritualité pour accompagner la croissance complète de la personne humaine.
Au cœur de cette pédagogie se trouve un concept central, un fil rouge qui traverse toute son œuvre : aller « de l'estime de soi à l'estime du Soi ». Cette formule, qui donne son titre à l'un de ses ouvrages majeurs, n'est pas un simple jeu de mots. Elle désigne un véritable chemin de transformation : construire d'abord un « je » fort, un ego solide et bien constitué sur le plan psychologique, pour pouvoir ensuite s'ouvrir à une dimension plus vaste de l'être — le Soi, concept central de la psychologie analytique de Carl Gustav Jung.
Pourquoi ce concept est-il le fil rouge de toute la pédagogie Monbourquette ? Parce qu'il articule les deux niveaux que Monbourquette a consacré sa vie à réconcilier : le psychologique et le spirituel. Il partait du constat que « la psychologie dans son ensemble s'est éloignée de toutes formes de spiritualités », créant un fossé presque infranchissable entre croissance psychologique et épanouissement personnel. À l'inverse, « une spiritualité qui se coupe de l'apport de la psychologie devient stérile ». L'estime de soi à l'estime du Soi est précisément le pont qui relie ces deux rives.
Aujourd'hui, l'association Estimame — Association internationale de l'estime de soi et du Soi, fondée par Monbourquette lui-même au soir de sa vie — perpétue cette pédagogie à travers une quarantaine de praticiens accrédités qui animent des ateliers en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. Cet article vous propose d'explorer en profondeur ce concept fondateur, ses fondations théoriques, ses dimensions pratiques et les moyens concrets de l'incarner dans votre vie.
Estime de soi vs estime du Soi : la distinction fondamentale
Pour comprendre la pédagogie Monbourquette, il faut d'abord saisir une distinction qui structure tout son édifice : celle entre le « soi » avec une minuscule et le « Soi » avec une majuscule.
Le « soi » minuscule : le moi conscient, l'ego
Le soi désigne la personne telle qu'elle se perçoit consciemment — ce que l'on appelle aussi l'ego ou le moi dans d'autres approches psychologiques. C'est la part de nous qui dit « je » : je pense, je décide, j'agis, je ressens. L'estime de soi, au sens courant, concerne la valeur que ce moi conscient s'accorde. Elle repose sur deux piliers :
- L'amour de soi (l'être) : « Suis-je aimable, digne d'exister, tel que je suis ? »
- La confiance en soi (l'agir) : « Suis-je capable de réussir, d'agir, de faire ? »
Monbourquette a démontré que ces deux dimensions sont distinctes et qu'on peut en avoir une sans l'autre. Une personne compétente peut manquer d'amour d'elle-même ; une personne qui se sait aimable peut douter de ses capacités. Le travail sur l'estime de soi vise à renforcer ces deux piliers de manière différenciée.
Le « Soi » majuscule : la dimension jungienne
Le Soi, avec une majuscule, est un concept emprunté à la psychologie analytique de Carl Gustav Jung. Il désigne l'être profond, le centre psychique que Jung qualifie d'archétype royal — la part de nous qui nous dépasse et nous relie à quelque chose de plus vaste que notre seule conscience. Le Soi n'est pas l'ego : il est le principe organisateur de la psyché tout entière, englobant à la fois le conscient et l'inconscient.
Pour Monbourquette, l'estime du Soi, c'est apprendre à écouter cette petite voix intérieure qui invite au changement, qui souffle une direction, qui murmure une vérité plus profonde que les raisonnements du moi. C'est se connecter à son intériorité la plus vraie, à cette dimension transcendante qui habite chaque être humain, quelle que soit sa tradition spirituelle.
Pourquoi cette distinction change tout
La plupart des approches contemporaines de l'estime de soi s'arrêtent au « soi » minuscule. Elles visent à renforcer l'ego, à développer la confiance, à améliorer l'image de soi — ce qui est essentiel, mais incomplet. Monbourquette affirme qu'une croissance psychologique qui s'arrête à l'ego est « tronquée si elle ne s'appuie pas sur le soin de l'âme ou sur les ressources spirituelles ». À l'inverse, « la maturité spirituelle exige un "je" fort sur le plan psychologique ».
C'est cette double exigence qui fait l'originalité de la méthode : on ne peut pas sauter l'étape psychologique pour aller directement au spirituel, mais on ne peut pas non plus s'enfermer dans le psychologique en ignorant la dimension du Soi. Le chemin va de l'un à l'autre, dans une dynamique de progression continue.
Les 4 dimensions de l'estime de soi selon Monbourquette
Jean Monbourquette a structuré sa pédagogie autour de quatre dimensions complémentaires de l'estime de soi. Chacune éclaire un angle différent et appelle des stratégies spécifiques. Ensemble, elles offrent une cartographie complète de ce que signifie « grandir dans l'estime de soi ».
1. L'estime de soi s'acquiert par les sens
La première idée, peut-être la plus libératrice, est que l'estime de soi se construit par les sensations. Depuis l'enfance, nous enregistrons des expériences — un regard encourageant, une parole blessante, une caresse, une absence — et ces sensations s'organisent en une image intérieure de nous-mêmes. L'estime de soi n'est donc pas un don inné ni un trait de caractère figé : c'est un héritage sensoriel qui peut être révisé.
Monbourquette s'appuie ici sur les apports de la programmation neurolinguistique (PNL) : nos représentations sensorielles — visuelles, auditives, kinesthésiques — peuvent être consciemment modifiées. Une personne qui se voit intérieurement petite, floue ou grise peut apprendre à transformer cette image. Une voix intérieure critique peut être recadrée. Personne n'est prisonnier d'une basse estime de soi.
En atelier, les exercices sollicitent les trois canaux sensoriels :
- Visuel — imaginer, dessiner, visualiser une scène réparatrice
- Auditif — reformuler une phrase intérieure, écouter une voix bienveillante
- Kinesthésique — ressentir dans le corps une posture de confiance, un ancrage
2. Estime de soi pour sa personne vs estime de soi pour ses compétences
Monbourquette introduit une distinction clé que beaucoup confondent : l'estime de soi pour sa personne (l'être) et l'estime de soi pour ses compétences (l'agir).
L'estime pour sa personne répond à la question : « Suis-je aimable, digne d'être, tel que je suis ? » Elle concerne la valeur intrinsèque, indépendante des performances.
L'estime pour ses compétences répond à : « Suis-je capable de réussir, d'agir, de faire ? » Elle concerne la confiance en ses capacités.
Le système éducatif privilégie massivement l'agir sur l'être. On félicite l'enfant pour ses notes, ses résultats, ses exploits — rarement pour sa simple présence. À l'âge adulte, cette distorsion se traduit par des personnes compétentes mais qui ne se sentent jamais à la hauteur, ou inversement par des personnes qui se savent aimables mais doutent de leurs capacités. Monbourquette a créé des stratégies différenciées pour chaque aspect : renforcer l'estime de soi pour sa personne ne se fait pas de la même manière que renforcer la confiance en ses compétences.
3. L'affirmation de soi découle de l'estime de soi
S'affirmer n'est pas s'imposer. C'est l'expression naturelle d'une estime de soi suffisante. Monbourquette la décline en plusieurs gestes concrets :
- Oser entreprendre — se lancer dans un projet, une démarche, un changement, sans attendre d'être certain du résultat
- Demander ce dont on a besoin — exprimer une demande claire plutôt que de subir ou de deviner
- Donner des encouragements — reconnaître les autres, car la capacité à encourager est un signe d'estime de soi solide
- Dire non de manière courtoise — refuser sans agressivité ni culpabilité, en respectant l'autre et soi-même
- Prendre soin de soi — de son corps, de sa santé, de son équilibre, comme on prend soin de quelqu'un qui compte
Jean Monbourquette l'exprimait avec une formule frappante : « Lorsque je dis oui alors que je voudrais dire non, c'est à moi que je dis non ! » Cette phrase éclaire un mécanisme fondamental : la difficulté à s'affirmer n'est pas de la générosité, c'est un manque d'estime de soi.
En atelier, ces affirmations se travaillent par « petits pas » : on n'attend pas de tout changer d'un coup. On choisit un domaine, on expérimente un geste nouveau, on observe l'effet, on ajuste. La progressivité est au cœur de la méthode.
4. Une ouverture vers le spirituel : l'estime du Soi
La quatrième dimension distingue l'approche Monbourquette de beaucoup d'autres : l'estime de soi ouvre sur l'estime du Soi, un concept d'inspiration jungienne. Ce travail sur l'estime de soi, qui est proposé par beaucoup d'écoles, trouve un développement précieux dans l'estime du Soi. C'est la dimension qui fait basculer la pédagogie Monbourquette d'une approche purement psychologique vers une compréhension intégrale de la personne humaine.
Pour Monbourquette, prêtre et psychologue, l'âme est habitée par le divin, quelle que soit la tradition spirituelle de chacun. L'estime du Soi, c'est apprendre à écouter cette petite voix intérieure qui invite au changement, qui souffle une direction, qui murmure une vérité. Ce n'est pas une dimension religieuse dogmatique : c'est une ouverture respectueuse, qui honore les convictions de chacun et invite à se connecter à sa propre intériorité.
Le concept jungien du Soi : archétype royal et centre psychique
Pour saisir pleinement ce que Monbourquette entend par « estime du Soi », il faut plonger dans la source qui l'a inspiré : la psychologie analytique de Carl Gustav Jung (1875–1961). Monbourquette s'est inspiré de la conception jungienne du psychisme, qu'il a mise en perspective avec des thérapies brèves et la PNL, pour créer une synthèse originale et accessible.

Le Soi comme centre de la personnalité
Dans la psychologie de Jung, le Soi n'est pas synonyme d'ego ou de moi conscient. Il est défini comme le centre de la personnalité tout entière — le point d'équilibre qui englobe à la fois la conscience et l'inconscient. L'ego est le centre du champ conscient ; le Soi est le centre de la psyché totale, incluant les dimensions inconscientes, instinctuelles et spirituelles. Jung le qualifiait d'archétype royal, car il joue le rôle d'un souverain intérieur qui orchestre l'ensemble de la vie psychique.
Pour Jung, le Soi peut être symbolisé par un cercle, un carré ou un mandala — des figures qui évoquent la totalité, l'unité et la complétude. Il est le principe unificateur vers lequel tend tout le processus d'individuation, c'est-à-dire le devenir pleinement soi-même.
Le processus d'individuation
L'individuation est le concept central de la psychologie jungienne : c'est le processus par lequel une personne devient progressivement ce qu'elle est véritablement, au-delà des masques sociaux, des conditionnements familiaux et des identifications superficielles. Ce mouvement va de l'ego vers le Soi — de la conscience ordinaire vers une conscience plus large, intégrée et reliée.
Monbourquette s'est précisément inscrit dans cette dynamique. Pour lui, aller « de l'estime de soi à l'estime du Soi », c'est s'engager dans un processus d'individuation : quitter les fausses identifications, laisser émerger son identité profonde, et se laisser guider par cette instance intérieure plus sage que le moi conscient.
La dimension spirituelle non dogmatique
Jung lui-même insistait sur le fait que le Soi n'appartient à aucune religion particulière. Il est une expérience universellede l'être humain : la rencontre avec une dimension intérieure qui nous dépasse et qui porte sens. Monbourquette a radicalisé cette ouverture. Son modèle anthropologique, qui intègre psychologie (niveau du moi conscient) et spiritualité (niveau de l'âme ou du Soi jungien), est explicitement universel : l'expérience de la présence et de l'articulation du moi et du Soi en tout être humain dépasse les frontières religieuses, culturelles ou sociales.
C'est ce qui rend la pédagogie Monbourquette accessible à tous : croyants, agnostiques ou athées. La dimension spirituelle n'est pas imposée ; elle est proposée comme une invitation à l'intériorité, dans le respect absolu des convictions de chacun.
Psychologie et spiritualité : l'articulation non dogmatique de Monbourquette
L'un des apports les plus originaux de Jean Monbourquette est d'avoir relié psychologie et spiritualité sans tomber dans le dogmatisme religieux. Ce projet, qui pourrait paraître audacieux voire paradoxal, s'enracine dans une conviction profonde : l'être humain est un tout, et on ne peut pas le fragmenter en compartiments étanches.
Le constat de départ
Monbourquette partait d'un constat lucide : « la psychologie dans son ensemble s'est éloignée de toutes formes de spiritualités, au point que, entre croissance psychologique et épanouissement personnel, il s'est creusé un fossé presque infranchissable ». De son côté, une spiritualité déconnectée de la psychologie devient stérile, voire toxique : elle peut conduire à fuir la réalité, à se couper de ses émotions, à spiritualiser ce qui relève d'un travail psychologique nécessaire.
La double exigence
Monbourquette formule une double exigence qui structure toute sa pédagogie :
- Un soin thérapeutique qui ignore l'âme méconnaît l'importance de la spiritualité dans la construction de soi. La psychologie ne peut pas faire l'économie de la dimension spirituelle sans s'appauvrir.
- La maturité spirituelle exige un « je » fort sur le plan psychologique. On ne peut pas prétendre à une ouverture spirituelle authentique si l'ego est fragile, blessé ou mal constitué.
C'est pourquoi la méthode Monbourquette commence toujours par le travail sur l'estime de soi : renforcer l'ego, construire un moi solide, développer la confiance et l'affirmation de soi. Ce n'est qu'à partir de cette base que l'ouverture au Soi devient possible et féconde. Comme un arbre a besoin de racines profondes pour s'élever vers le ciel, l'être humain a besoin d'un ego fort pour s'ouvrir à la dimension du Soi.
Une spiritualité au sens universel
Il est essentiel de comprendre que la spiritualité dont parle Monbourquette n'est pas une spiritualité confessionnelle. Le modèle anthropologique de Monbourquette intègre psychologie (niveau du moi conscient) et spiritualité (niveau de l'âme ou du Soi jungien) dans une perspective qui dépasse les frontières religieuses, culturelles ou sociales. Son universalité le rend particulièrement précieux et pertinent.
Monbourquette, bien qu'il fût prêtre, n'a jamais imposé sa foi dans sa pédagogie. Il proposait une ouverture respectueuse, qui honore les convictions de chacun — croyant, agnostique ou athée — et invite à se connecter à sa propre intériorité. La spiritualité, au sens monbourquettien, désigne cette dimension de l'être qui cherche le sens, qui pressent une vérité plus vaste que le seul fonctionnement rationnel, et qui se manifeste dans l'écoute intérieure, le silence, la méditation et l'accueil des messages de l'inconscient.
Une posture de « passivité active »
Monbourquette propose une posture paradoxale qu'il appelle la « passivité active » : il s'agit de se mettre dans une attitude d'accueil, de disponibilité intérieure, tout en restant conscient et engagé. Ce n'est pas de la passivité au sens de l'inertie ; c'est une activité de réception, une écoute attentive de ce qui émerge du plus profond de soi. La personne reçoit « le Beau, le Bien, le Bon qui vit au plus profond de ses aspirations » et accueille « ses messages de vie qui l'encouragent, la dynamisent, la mettent en mouvement ».
Les ateliers Estimame : explorer la dimension du Soi en groupe
L'association Estimame — Association internationale de l'estime de soi et du Soi — perpétue la pédagogie de Jean Monbourquette à travers des ateliers en groupe, des formations et des accompagnements individuels. Ces ateliers sont le lieu vivant où le concept d'estime du Soi devient une expérience incarnée.
L'atelier « De l'estime de soi à l'estime du Soi »
Cet atelier éponyme, d'une durée de 4 jours, est proposé à Versailles, Paris, Lyon et en Normandie. Il prolonge le travail sur l'estime de soi vers l'estime du Soi au sens jungien. Il invite à écouter la petite voix intérieure, à se connecter à son être profond, à explorer la dimension transcendante de l'estime de soi. Ouvert à tous, il ne présuppose aucune appartenance religieuse et respecte les convictions de chacun.
L'atelier alterne trois modalités complémentaires :
- Des apports théoriques — les concepts clés de l'estime de soi et du Soi, illustrés et rendus accessibles, qui donnent un cadre de compréhension.
- Des stratégies vécues en groupe — des exercices pratiques, des mises en situation, des partages à deux ou en sous-groupes, qui permettent d'expérimenter immédiatement les outils présentés.
- Des temps de réflexion personnelle — des moments d'intériorité, d'écriture ou de silence, où chacun peut intégrer ce qui émerge pour lui.
Les retraites résidentielles : « Grandir en estime de soi et s'ouvrir à son âme »
Pour ceux qui souhaitent une immersion plus profonde, des ateliers résidentiels ou semi-résidentiels de 3 à 5 jours sont proposés à Bruxelles et à Lyon. Ces formats permettent un travail en profondeur, où le travail sur l'estime de soi se conjugue avec une ouverture consciente à la dimension de l'âme. Méditations, temps de silence, exercices d'écoute intérieure et partages en groupe composent le fil des journées.
Un climat d'écoute et de confidentialité
L'atelier se déroule dans un climat d'écoute, de confidentialité et de bienveillance. Ce qui s'y dit reste entre les participants. Le groupe n'est pas un jury : il est un miroir dans lequel chacun peut se voir avec plus de justesse et de douceur.
La différence avec la thérapie individuelle
Un atelier d'estime de soi ne se substitue pas à un suivi thérapeutique individuel. Là où la thérapie explore en profondeur l'histoire personnelle avec un praticien, l'atelier tire parti de l'expérience du groupe : entendre d'autres personnes parler de leurs difficultés d'estime de soi déculpabilise, ouvre de nouvelles perspectives et crée un sentiment d'appartenance réparateur. C'est une expérience complémentaire, non concurrente, du travail thérapeutique.
Des praticiens accrédités
Les ateliers sont animés par une quarantaine de praticiens Monbourquette accrédités et habilités. Ces praticiens ont suivi un parcours de formation complet de 22 journées sur une année scolaire et s'engagent à respecter la déontologie de l'association. On les trouve en France, en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, au Royaume-Uni, en Allemagne et au Canada.
Exercices pratiques : méditation, écoute intérieure et temps de silence
La pédagogie Monbourquette n'est pas seulement théorique : elle est profondément expérientielle. Les ateliers proposent des exercices concrets qui permettent d'incarner les concepts et de les intégrer dans le quotidien. Voici quelques-unes des pratiques centrales qui jalonnent le chemin de l'estime de soi à l'estime du Soi.
La méditation et le temps de silence
Le silence est un outil pédagogique à part entière dans la méthode Monbourquette. Les temps de silence ne sont pas des pauses passives : ce sont des moments où l'on se rend disponible à ce qui émerge du plus profond de soi. Dans la posture de « passivité active » décrite par Monbourquette, on accueille sans forcer, on écoute sans diriger.
En atelier, ces temps de silence peuvent prendre plusieurs formes :
- Silence méditatif guidé — le praticien propose un thème, une image ou une question, et chacun laisse remonter ce qui vient.
- Silence partagé — le groupe entier se tait ensemble, créant un espace collectif de présence qui amplifie l'expérience individuelle.
- Silence en nature — lors des retraites résidentielles, des marches silencieuses en plein air permettent une connexion à la fois intérieure et cosmique.
L'écoute intérieure
L'écoute intérieure est l'art de prêter attention aux messages de l'inconscient — intuitions, images, ressentis corporels, émotions qui surgissent sans qu'on les ait sollicitées. Monbourquette invitait à considérer ces messages comme des « messages de vie » qui encouragent, dynamisent et mettent en mouvement.
Quelques exercices d'écoute intérieure pratiqués en atelier :
- Le dialogue intérieur — écrire un dialogue entre son moi conscient et une voix plus profonde, pour entendre ce que le Soi veut exprimer.
- L'écoute des rêves — Jung considérait les rêves comme des messages du Soi. Monbourquette proposait de les noter et d'en explorer le sens symbolique.
- Le ressenti corporel — porter attention aux sensations du corps comme porte d'accès à une sagesse qui précède les mots.
Les stratégies sensorielles
Inspirées de la PNL, les stratégies sensorielles permettent de modifier consciemment les représentations intérieures qui nourrissent ou fragilisent l'estime de soi :
- Visuel — transformer l'image intérieure que l'on a de soi (taille, couleur, netteté), dessiner son « soi idéal » et son « soi réel », utiliser le photo-langage pour explorer son identité.
- Auditif — recadrer la voix intérieure critique en voix bienveillante, reformuler les phrases blessantes que l'on se répète.
- Kinesthésique — adopter une posture de confiance, ressentir l'ancrage dans le sol, expérimenter physiquement l'affirmation de soi.
Le travail par « petits pas »
Monbourquette privilégie la progressivité. On n'attend pas de tout changer d'un coup. On choisit un domaine, on expérimente un geste nouveau, on observe l'effet, on ajuste. Cette méthode des petits pas est applicable à tous les exercices : dire un premier « non », faire une première demande, s'offrir un premier temps de silence. Chaque petit pas renforce l'estime de soi et prépare le terrain pour l'ouverture au Soi.
Le lien avec les autres grands thèmes Monbourquette
L'estime de soi et du Soi n'est pas un thème isolé dans la pédagogie Monbourquette. Elle est le socle sur lequel reposent les cinq grands thèmes d'expertise et de croissance personnelle que Monbourquette a développés à partir de sa vaste expérience clinique. Chacun de ces thèmes s'articule avec l'estime de soi et du Soi de manière spécifique.
Le deuil
Monbourquette a été un pionnier de l'accompagnement du deuil au Canada. Son best-seller Aimer, perdre et grandir a transformé la compréhension du processus de deuil. Le lien avec l'estime de soi est direct : toute perte fragilise l'estime de soi, et le travail de deuil consiste en partie à reconstruire une estime de soi meurtrie par la perte. L'estime du Soi, quant à elle, permet de trouver un sens à l'épreuve, d'accueillir la transformation que le deuil opère en nous.
Le pardon
Comment pardonner ? est un autre ouvrage majeur de Monbourquette. Le pardon est étroitement lié à l'estime de soi : on ne peut pardonner que si l'on se respecte suffisamment pour ne pas laisser la blessure définir toute son existence. L'estime du Soi intervient ici comme la capacité à lâcher ce qui nous emprisonne, à s'ouvrir à une guérison qui nous dépasse.
L'ombre
L'apprivoisement de l'ombre — ces parts de nous-mêmes que nous avons enfouies parce qu'elles étaient jugées inacceptables — est un concept directement emprunté à Jung. Monbourquette a créé des outils concrets pour identifier et intégrer son ombre. Ce travail est indissociable de l'estime de soi : on ne peut accueillir ses parts mal-aimées que si l'on a suffisamment d'estime pour soi pour supporter ce que l'on découvre. Et l'intégration de l'ombre nourrit en retour l'estime du Soi, car elle rapproche de la totalité psychique que Jung appelait l'individuation.
La mission de vie
À chacun sa mission est sans doute l'ouvrage le plus connu de Monbourquette. La découverte de sa mission de vie suppose une estime de soi suffisante pour oser se lancer, et une écoute du Soi suffisamment fine pour percevoir l'appel intérieur. Monbourquette disait : « Qui suit sa passion ne pourra rater sa vie ». La passion correspond aux aspirations de l'âme — c'est-à-dire du Soi.
Une pédagogie intégrative
Ces cinq thèmes — estime de soi et du Soi, deuil, pardon, ombre, mission — ne sont pas des modules séparés. Ils s'entrecroisent, se nourrissent et se complètent. L'estime de soi et du Soi en est le fil rouge, car elle fournit le socle psychologique et spirituel sur lequel tous les autres thèmes peuvent se déployer. C'est pourquoi Monbourquette recommandait souvent de commencer par un atelier d'estime de soi avant d'aborder les autres thèmes.
FAQ : questions fréquentes sur l'estime du Soi
Quelle différence entre estime de soi et estime du Soi ?
L'estime de soi (avec un « s » minuscule) désigne la valeur que l'on s'accorde en tant que personne, incluant l'amour de soi et la confiance en ses compétences. L'estime du Soi (avec un « S » majuscule) désigne l'ouverture à une dimension plus profonde de l'être, inspirée du concept jungien du Soi comme archétype central. L'estime du Soi prolonge l'estime de soi vers une connexion à son intériorité la plus vraie et entraîne dans un travail d'individuation.
Faut-il être croyant pour travailler sur l'estime du Soi ?
Non. La dimension spirituelle de la méthode Monbourquette est proposée dans le respect des convictions de chacun — croyant, agnostique ou athée. Le Soi jungien n'appartient à aucune religion particulière : il désigne une expérience universelle de l'être humain, la rencontre avec une dimension intérieure qui nous dépasse et qui porte sens. Les ateliers Estimame ne présupposent aucune appartenance religieuse.
Peut-on travailler l'estime du Soi sans avoir d'abord renforcé son estime de soi ?
Monbourquette recommandait de commencer par le travail sur l'estime de soi. La maturité spirituelle exige un « je » fort sur le plan psychologique. Sauter l'étape psychologique pour aller directement au spirituel risque de produire une spiritualité de fuite, déconnectée de la réalité. C'est pourquoi les ateliers Estimame commencent toujours par consolider l'estime de soi avant d'ouvrir la dimension du Soi.
Les ateliers remplacent-ils une thérapie ?
Non. Même si les ateliers d'estime de soi produisent des effets thérapeutiques mesurables, ils ne se substituent pas à un suivi thérapeutique individuel. Ils offrent une expérience de groupe complémentaire, qui peut enrichir un travail thérapeutique en cours ou servir de première étape pour ceux qui n'ont jamais entrepris de démarche de croissance personnelle. Si vous suivez une thérapie, il est recommandé d'en parler à votre thérapeute avant de participer.
Peut-on avoir « trop » d'estime de soi ?
C'est une crainte fréquente, mais l'expérience des ateliers montre exactement le contraire. Le travail sur l'estime de soi, lorsqu'il est bien conduit, conduit à s'affirmer dans le respect de l'autre. Une personne qui se respecte n'a pas besoin d'écraser les autres pour exister. C'est au contraire la faible estime de soi qui pousse à des comportements compensatoires — vantardise, agressivité, besoin constant d'attention — que l'on confond parfois avec un « excès » d'estime de soi.
Comment choisir le bon atelier pour commencer ?
Le choix dépend de votre niveau de découverte et de vos centres d'intérêt :
- Vous découvrez la méthode → Introduction à l'estime de soi (1 journée)
- Vous voulez travailler en profondeur → Grandir dans l'estime de soi (2 à 4 jours)
- Vous êtes attiré par la dimension spirituelle → De l'estime de soi à l'estime du Soi (4 jours)
- Vous cherchez une immersion résidentielle → Grandir en estime de soi et s'ouvrir à son âme (3 à 5 jours)
Conclusion : un chemin de croissance complète
Aller « de l'estime de soi à l'estime du Soi » n'est pas une formule. C'est un chemin de vie que Jean Monbourquette a balisé avec rigueur, bienveillance et profondeur. Ce chemin commence par le concret : apprendre à se voir avec douceur, transformer les voix intérieures blessantes, oser dire non, demander, entreprendre. Il se poursuit vers le plus profond : écouter le Soi, cette instance spirituelle qui habite chacun de nous, accueillir ses messages de vie, s'ouvrir à une dimension qui nous dépasse et nous relie.
Ce qui fait la puissance de cette pédagogie, c'est qu'elle ne sépare pas ce qui, dans l'être humain, est indissociable : le psychologique et le spirituel, l'ego et le Soi, l'action et l'intériorité. Elle propose une croissance intégrale — de la personne tout entière, dans toutes ses dimensions.
L'association Estimame, fondée par Monbourquette lui-même, continue de transmettre cette pédagogie à travers une quarantaine de praticiens accrédités qui animent des ateliers en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. Que vous découvriez l'approche ou que vous cherchiez à approfondir votre cheminement, il existe un atelier pour vous.
Vos prochaines étapes
- Consulter l'agenda des ateliers sur estimame.com — trouvez une session près de chez vous, par date et par lieu.
- Rencontrer les praticiens — découvrez les praticiens accrédités qui animent les ateliers près de chez vous.
- Participer au colloque Mission — les 6 et 7 novembre 2026, à Lyon, Estimame organise un colloque sur le thème « À chacun sa mission », avec conférences, ateliers et table ronde. Une occasion unique de plonger dans la pédagogie Monbourquette et d'explorer le lien entre estime du Soi et mission de vie. Informations et inscription sur estimame.com.
- Explorer les parcours en ligne — l'Institut Monbourquette propose des parcours vidéo pour débuter à distance, à votre rythme.
L'estime de soi se cultive. L'estime du Soi s'accueille. Et le premier pas est toujours le plus important.
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