Les 8 étapes du deuil selon Jean Monbourquette : comprendre et traverser le deuil

Perdre un être cher bouleverse tout. Les étapes du deuil selon Jean Monbourquette offrent une carte rassurante pour comprendre ce que vous vivez et avancer, à votre rythme, vers la paix intérieure. Prêtre, psychologue et pionnier de l'accompagnement du deuil au Québec, Jean Monbourquette a décrit un chemin en huit étapes, de l'effroi du premier jour jusqu'à une vie nouvelle habitée par la présence intériorisée de la personne disparue.

Dans cet article, nous vous présentons chacune de ces étapes, le travail de deuil qu'elles supposent, des exemples concrets issus de sa pédagogie et des pistes pour vous accompagner ou accompagner un proche. Si vous souhaitez être soutenu dans cette traversée, découvrez les ateliers d'accompagnement Estimame.

Qui était Jean Monbourquette ?

Jean Monbourquette (1933-2011) était prêtre catholique, docteur en psychologie, professeur à l'Université Saint-Paul d'Ottawa, écrivain et conférencier. Nourri par la psychologie de Jung et l'analyse transactionnelle, il a consacré plus de trente ans de pratique thérapeutique à l'accompagnement des personnes éprouvées par une perte.

Ses ouvrages (Aimer, perdre et grandir, Comment pardonner ?, Excusez-moi, je suis en deuil, À chacun sa mission) sont devenus des références. Son message central : une perte, même douloureuse, peut devenir un gain de maturité, de sens et de capacité d'aimer. Pour aller plus loin, lisez sa biographie officielle ou découvrez la pédagogie Monbourquette dans son ensemble.

Le travail de deuil : un chemin, pas une ligne droite

Le travail de deuil n'est pas une maladie dont on guérit, mais un processus naturel de transformation. Les étapes de Monbourquette ne se vivent pas forcément dans l'ordre : on peut avancer, revenir en arrière, traverser deux étapes à la fois. Chacun a son rythme, et il n'existe pas de « bonne » durée. Ces étapes sont des repères, jamais une obligation.

Les 8 étapes du deuil selon Monbourquette

Étape 1 : Le choc

Dès l'annonce du décès, l'effroi et la sidération s'installent. La personne peut se sentir engourdie, « hors du temps », comme spectatrice de sa propre vie. Certains endeuillés ont des hallucinations sensorielles : entendre la voix du défunt, croire l'apercevoir dans la rue, sentir son parfum dans la maison. D'autres gardent une mémoire figée : chaque détail de la scène de l'annonce (l'heure, la pièce, les mots prononcés) reste gravé avec une netteté impressionnante.

Ce choc est une protection : il permet de tenir dans les premiers jours, le temps des obsèques et des premières démarches. Il peut même donner le change : devant les visiteurs, l'endeuillé semble parfois « au-dessus de son deuil », serein et maître de lui. Ce n'est qu'une apparence protectrice, la peine est simplement mise en attente.

Se laisser porter, être entouré, manger et dormir autant que possible, et ne pas rester seul sont alors essentiels. Un choc qui dure quelques semaines est normal. Mais s'il se prolonge trop longtemps, avec une sidération qui ne cède pas, il peut signaler un deuil pathologique : un accompagnement professionnel est alors recommandé.

Étape 2 : Le déni

Le déni est une façon de se protéger d'une réalité trop lourde. Monbourquette en distingue deux formes.

Le déni cognitif touche la pensée et les comportements :

  • Refuser d'y croire : « Ce n'est pas possible, il va rentrer », ou oublier momentanément le décès.
  • Éviter les lieux qui rappellent la perte, comme l'hôpital ou le cimetière.
  • Momifier la chambre, les vêtements ou les affaires du défunt, qui restent exactement à leur place, comme si le temps s'était arrêté.
  • Idéaliser la personne disparue, dont on ne veut plus voir que les qualités, au risque de bloquer le deuil.
  • Fuir dans le travail ou l'hyperactivité, pour ne jamais rester seul avec sa peine.

Le déni n'est pas une faiblesse, mais il doit, avec le temps, laisser place à la réalité.

Le déni affectif touche le ressenti : l'incapacité à sentir ou à exprimer ses émotions. Il est plus fréquent chez les hommes, souvent éduqués à contenir leur vulnérabilité. Il peut s'accompagner de la recherche d'un responsable du décès (médecin, proche, hôpital) ou de fantasmes de réapparition du défunt.

Étape 3 : L'expression des émotions et des sentiments

Exprimer ses émotions, par la parole, l'écriture, les larmes ou les rites, permet de ne pas les laisser s'enkyster. L'écoute bienveillante d'un proche ou d'un accompagnant fait ici toute la différence : vous pouvez trouver un praticien formé à la pédagogie Monbourquette.

Toutes les émotions ont leur place, même celles qu'on n'ose pas avouer :

Au cœur de cette étape se trouve souvent un moment charnière, la « grande braille ». L'endeuillé prend pleinement conscience que la perte est définitive, et les pleurs se transforment en lamentations. Ce passage est éprouvant, mais il est suivi parfois d'une paix profonde, voire d'expériences spirituelles.

  • L'angoisse : peur de l'avenir, de la solitude, de sa propre mort.
  • La tristesse : les larmes, le vide, le manque physique.
  • La colère : contre le défunt « qui est parti », contre les médecins, contre la vie, contre Dieu.
  • La culpabilité saine : regretter un mot non dit, un geste manqué, sans se condamner.
  • Le soulagement honteux : après une longue maladie, se sentir soulagé, puis avoir honte de l'être.

Ces émotions forment une « ronde » : elles reviennent et s'en vont comme des vagues, sans ordre fixe. Il faut aussi se méfier des émotions trafiquées : une tristesse qui cache de la colère, ou un rire nerveux qui masque l'angoisse.

Étape 4 : La réalisation des tâches concrètes liées au deuil

Démarches administratives, succession, résiliation de contrats, rangement des affaires, choix de ce que l'on garde ou donne, réorganisation du quotidien : ces tâches sont parfois éprouvantes, mais elles aident à inscrire la perte dans la réalité. Vider un bureau, changer la disposition d'une pièce ou reprendre les tâches autrefois assumées par le défunt sont autant de gestes de deuil.

Il est important de les répartir, de se faire aider et de ne pas se précipiter : rien ne presse pour les objets les plus chargés d'émotion.

Étape 5 : La recherche d'un sens à la perte

Une fois l'orage émotionnel apaisé, une question émerge : « Pourquoi cela est-il arrivé ? Que puis-je en faire ? » Il ne s'agit pas de justifier la mort, mais de donner un sens à la perte, de la relier à une histoire qui continue. Beaucoup de thérapeutes négligent à tort cette étape, croyant que le deuil se termine avec l'expression des émotions.

Voici des questions qui peuvent guider la réflexion :

  • Qu'est-ce que j'ai appris sur ma vie en l'absence de l'être cher ?
  • Quel sens prendra ma vie désormais ?
  • Y a-t-il un au-delà ?
  • Qu'est-ce que cette personne m'a appris que je veux garder ?

Monbourquette rapporte l'histoire d'une mère endeuillée par la mort de son enfant. Pour que cette perte ne reste pas absurde, elle a imaginé une « adoption » symbolique : elle a confié son enfant à une amie défunte qui n'avait pas pu avoir d'enfant. Elle a ensuite transmis à d'autres ce qu'elle aurait voulu donner à son fils. Elle en a tiré cette phrase : « Ce n'est pas en vain que j'ai perdu mon enfant. » Cet héritage symbolique a transformé sa souffrance en élan de vie : trouver un sens, c'est découvrir ce que la perte permet de donner ou de devenir.

Étape 6 : L'échange des pardons

Le pardon dans le deuil est un moment clé. Il se vit en deux mouvements : demander pardon au défunt pour ce qui n'a pas été dit ou fait, puis lui accorder son pardon pour les blessures, les manques ou les abandons. Cet échange, souvent symbolique (lettre, prière, dialogue imaginaire), libère de la culpabilité et du ressentiment. Pardonner ne signifie ni oublier ni excuser : c'est se libérer d'un poids qui empêche de laisser partir.

Étape 7 : L'héritage spirituel

Une fois les pardons échangés, la personne peut recueillir l'héritage spirituel du défunt : les qualités, valeurs, talents ou gestes admirés chez lui, qu'elle choisit de faire vivre à son tour. Un objet-symbole, un rituel, un geste peuvent concrétiser cette transmission. Le défunt cesse d'être seulement une absence pour devenir une source d'inspiration.

À noter : dans Excusez-moi, je suis en deuil, Monbourquette distingue l'étape du « laisser partir » (avant l'héritage) ; dans Aimer, perdre et grandir, il la rattache à la conclusion du cheminement.

Étape 8 : La célébration de la fin du deuil et la vie nouvelle

Dernière étape, trop souvent oubliée : le rituel de clôture. Le deuil se conclut par une déclaration officielle et solennelle, en présence de proches ou en silence, qui marque la fin du deuil. Ce n'est pas l'oubli : c'est un passage.

Vient alors la vie nouvelle : la personne reprend goût à la vie, s'ouvre à de nouveaux projets, à de nouvelles relations. Celui ou celle qui est parti n'est plus présent à l'extérieur, mais intériorisé, présent en soi comme une force et une tendresse.

Le deuil ne concerne pas que la mort : les autres formes de perte

  • Le deuil périnatal : perdre un bébé pendant la grossesse ou à la naissance est un deuil souvent invisible, que l'entourage minimise. Le choc, la culpabilité et le besoin de rites (nommer l'enfant, lui dire au revoir) y sont particulièrement forts.
  • Le deuil et le divorce : une séparation est la mort d'un projet de vie. On y retrouve le déni (« il va revenir »), la colère, puis la nécessité de pardonner et de faire sa propre vie nouvelle.
  • La perte d'emploi : elle touche l'identité et la place sociale. Les tâches concrètes, la recherche de sens et l'héritage (ce que ce métier m'a appris) sont des étapes clés.
  • La perte de santé : maladie, handicap, perte d'autonomie imposent de faire le deuil de l'ancien corps, de ses capacités, de projets rêvés.

Reconnaître ces pertes comme de vrais deuils est déjà un soulagement. Un atelier comme Se reconstruire après la perte accueille tous les types de deuils : périnatal, séparation, perte d'emploi ou de santé.

Aimer, perdre et grandir : le livre de référence

Le livre Aimer, perdre et grandir (Novalis, sous-titré « L'art de transformer une perte en gain ») est le plus accessible des ouvrages de Jean Monbourquette sur le deuil. C'est aussi un best seller traduit en 24 langues et vendu à près de 1 million d'exemplaires ! Il s'adresse directement aux personnes éprouvées, qu'il invite à le lire à leur rythme. Il mêle témoignages, paroles de sagesse, conseils pratiques et pistes de réflexion.

Il propose de reconnaître sa souffrance, d'en comprendre les étapes, d'oser pardonner et de laisser la perte faire grandir. Il insiste sur la patience : la guérison intérieure demande du temps et de la confiance.

Pour approfondir le rôle des rites et des groupes, lisez ensuite Excusez-moi, je suis en deuil (avec Isabelle d'Aspremont). Sur le pardon, lisez notre article Comment pardonner selon Jean Monbourquette. Pour le vivre en groupe, un atelier comme Vivre ses deuils : Aimer, perdre et grandir s'appuie directement sur ce livre.

Monbourquette a toujours souligné que le deuil ne se limite pas au décès. Toute perte significative déclenche le même processus, et les 8 étapes s'y appliquent, avec leurs nuances propres.

Accompagnement du deuil : ne restez pas seul

Si les étapes se bloquent (deuil prolongé, culpabilité envahissante, isolement), l'accompagnement du deuil par un psychologue ou une association peut faire la différence. Vous pouvez trouver un praticien formé à la pédagogie Monbourquette, ou nous contacter pour être orienté. Demander de l'aide est un signe de courage.

Foire aux questions

Quelles sont les étapes du deuil selon Jean Monbourquette ?

Huit étapes : le choc, le déni, l'expression des émotions, la réalisation des tâches concrètes, la recherche d'un sens à la perte, l'échange des pardons, l'héritage spirituel, puis la célébration de la fin du deuil et la vie nouvelle.

Combien de temps dure un deuil ?

Il n'y a pas de durée standard. Un deuil s'étend souvent sur un à deux ans, voire plus, selon la relation, les circonstances de la perte et le soutien reçu.

Faut-il vivre les étapes dans l'ordre ?

Non. Elles servent de repères. On peut revenir à une étape déjà traversée ou en vivre plusieurs en même temps.

Pourquoi le pardon est-il important dans le deuil ?

Parce qu'il libère de la culpabilité et des rancœurs qui empêchent de laisser partir la personne disparue et de recevoir son héritage.

Quand consulter un professionnel ?

Si la souffrance paralyse le quotidien pendant de longs mois, si des idées sombres apparaissent, ou si le deuil semble bloqué, consultez un médecin, un psychologue ou une association d'accompagnement.

Quel livre de Monbourquette lire sur le deuil ?

Aimer, perdre et grandir est le plus accessible ; Excusez-moi, je suis en deuil approfondit le rôle des rites et des groupes.

Rejoignez nos ateliers d'accompagnement avec Estimame

Vous traversez un deuil ou souhaitez accompagner un proche ? Les ateliers Estimame, inspirés des travaux de Jean Monbourquette, proposent des exercices pratiques, un cadre bienveillant et un accompagnement humain pour avancer étape après étape.

Consultez le calendrier complet de nos ateliers et inscrivez-vous dès aujourd'hui.