Les 7 étapes du deuil selon Jean Monbourquette : comprendre et traverser le processus
Perdre un être aimé est l'une des expériences les plus bouleversantes que l'être humain puisse traverser. Face à l'effondrement, à la confusion des émotions et à l'incertitude de l'avenir, il est naturel de se sentir perdu. Comprendre les étapes du deuil n'est pas un luxe intellectuel : c'est une boussole qui aide à retrouver son chemin quand tout semble s'être effondré.
Parmi les nombreuses approches du deuil, celle de Jean Monbourquette se distingue par sa profondeur humaine et spirituelle. Prêtre, psychologue et pionnier de l'accompagnement des endeuillés, il a consacré sa vie à comprendre comment la perte peut, paradoxalement, devenir un chemin de croissance. Son ouvrage de référence, Aimer, perdre et grandir, traduit dans plus de vingt langues, demeure une lecture incontournable pour quiconque souhaite appréhender le travail de deuil avec justesse et bienveillance.
Dans cet article, nous vous proposons de parcourir les sept étapes du processus de deuil telles que Monbourquette les a décrites. Que vous soyez vous-même en deuil, que vous accompagniez un proche ou que vous soyez professionnel de l'accompagnement, cette grille de lecture vous aidera à situer où vous en êtes — et à entrevoir la lumière au bout du chemin.
Qui était Jean Monbourquette ?
Né à Iberville au Québec en 1933 et disparu en 2011, Jean Monbourquette fut une figure exceptionnelle à la croisée de la psychologie et de la spiritualité. Entré en 1954 dans la Congrégation des missionnaires Oblats, il fut ordonné prêtre après des études de théologie et de philosophie. C'est cependant en se tournant vers la psychologie clinique — qu'il étudie à l'Université de San Francisco puis à l'International College de Los Angeles — qu'il trouva sa véritable vocation d'accompagnateur.
Professeur à l'Institut de pastorale de l'Université Saint-Paul d'Ottawa, il y fonda le centre de counselling pastoral. Pendant plus de vingt-cinq ans, il anima des centaines d'ateliers de développement personnel et de groupes de deuil au Québec et en Europe, devenant l'un des pionniers au Canada de l'accompagnement collectif des endeuillés. Son approche, nourrie par la programmation neurolinguistique et la psychologie analytique de Carl Jung, articule avec finesse la dimension psychologique et la dimension spirituelle de l'être humain.
Son livre Aimer, perdre et grandir demeure son œuvre la plus connue, traduite dans plus de vingt langues. Il y aborde le deuil non pas comme une pathologie à guérir, mais comme un passage initiatique à traverser. Pour découvrir l'ensemble de sa pédagogie, Estimame en propose une présentation détaillée sur son site.
Le processus de deuil : une approche en 7 étapes
Avant d'aborder les sept étapes, une mise au point essentielle s'impose. Monbourquette le rappelle avec force : chaque personne vit son deuil à sa manière. Il n'existe pas de parcours idéal, pas de chronologie rigide, pas de « bonne façon » de faire son deuil. Les étapes ne sont pas des marches d'escalier à gravir dans l'ordre : ce sont plutôt des indicateurs qui permettent de situer l'évolution d'un deuil normal et de repérer d'éventuels blocages.
Le processus de deuil décrit par Monbourquette se déploie en sept temps : le choc, le déni, l'expression des émotions, la prise en charge des tâches du deuil, la recherche d'un sens, l'échange des pardons et enfin la prise de possession de l'héritage spirituel. Ces étapes peuvent se chevaucher, se traverser à des rythmes différents, voire se revisiter. L'important n'est pas la vitesse, mais le mouvement — cette lente progression qui mène de la dévastation vers la croissance.
Voyons maintenant chacune de ces étapes en détail.
Étape 1 : Le choc
Le choc survient dès l'annonce de la nouvelle — maladie grave, décès soudain, accident. L'endeuillé se sent consterné, impuissant à décrire ce qui se passe en lui. « C'est un cauchemar », « Ça ne se peut pas » : ces phrases traduisent l'incapacité à entendre et à réaliser ce qui vient d'arriver. L'esprit se protège en refusant momentanément l'information.
Cet état s'accompagne parfois d'hallucinations : on croit voir le défunt, l'entendre, sentir sa présence. On se sent engourdi, léthargique, privé de concentration. La mémoire semble gelée. Pourtant, l'endeuillé peut paraître « au-dessus de son deuil » devant les visiteurs : il ne pleure pas, il vit pour ainsi dire sur un nuage. Cette apparente sérénité n'est qu'une protection.
Le choc n'est pas qu'un effet négatif. Il donne à l'endeuillé le temps de digérer la dure réalité et de puiser en lui les ressources nécessaires pour affronter la perte. Quelques semaines de choc sont normales ; si cet état se prolonge durablement, il peut signaler un deuil pathologique nécessitant un accompagnement professionnel.
Étape 2 : Le déni
Peu après le choc commence la phase du déni. Monbourquette distingue deux formes de déni : l'une cognitive, l'autre affective. Sur le plan cognitif, l'endeuillé oublie l'événement, évite tout ce qui peut le rappeler à la perte — l'hôpital, le cimetière, le salon funéraire. Certains tapissent leurs murs de photos du défunt de peur de l'oublier ; d'autres gardent sa chambre intacte, comme s'il allait revenir. Les psychologues appellent cette conduite la « momification ».
Sur le plan affectif, le déni engendre une incapacité à ressentir et à exprimer ses émotions — particulièrement chez les hommes, souvent éduqués à contenir leur vulnérabilité. L'endeuillé se tient hyperactif pour ne pas sentir, cherche un responsable du décès, idéalise le défunt, ou cherche un substitut pour combler le vide. Parfois, il noie sa peine dans le travail, les médicaments, ou des fantasmes de réapparition.
Tous ces stratagèmes ne procurent qu'un soulagement éphémère. Tôt ou tard, la dure réalité de la mort rattrape l'endeuillé. Le déni n'est pas un échec moral : c'est un mécanisme de défense naturel, un coussin de protection qui amortit le choc initial. Il cède progressivement, à son rythme, pour laisser place aux émotions.
Étape 3 : L'expression des émotions (la ronde des émotions)
Quand les résistances du déni commencent à céder, la personne endeuillée se sent submergée par un flot d'émotions. Angoisse, tristesse, sensation d'abandon, colère, culpabilité, sentiment de libération : ces états viennent en soi, se retirent, puis reviennent comme le flux et le reflux de vagues, perdant progressivement de leur intensité.
L'angoisse rappelle à l'endeuillé sa propre mortalité et son impuissance. La tristesse est l'émotion typique du deuil — la douleur d'un cœur auquel on a arraché l'objet de son amour. La colère sourde prend souvent la forme d'une protestation contre le défunt, accusé d'avoir abandonné ; rare sont ceux qui osent la nommer. La culpabilité, quant à elle, n'est pas toujours négative : une saine culpabilité fait prendre conscience de ses manques d'amour. Enfin, le sentiment de libération — fréquent lorsqu'on a accompagné un long malade — est souvent refoulé par honte, alors qu'il est naturel et sain.
Monbourquette identifie un moment charnière : la « grande braille ». C'est le moment précis où l'endeuillé prend pleinement conscience de la perte définitive. Les pleurs se transforment en lamentations. Puis, après cette décharge émotive intense, une profonde paix survient parfois, accompagnée d'expériences spirituelles — une sensation d'être soutenu, baigné dans une lumière réconfortante. C'est le signe que l'acceptation commence à s'installer.
Une difficulté majeure de cette étape tient au fait que beaucoup d'endeuillés ne possèdent pas un large répertoire émotionnel pour s'exprimer. Ils manifestent des « émotions trafiquées » : de la tristesse qui cache de la colère, des rires nerveux qui masquent de l'angoisse. Reconnaître et nommer ses vraies émotions est un travail fondamental du travail de deuil.
Étape 4 : La prise en charge des tâches du deuil
Une fois le travail émotionnel bien engagé, il reste à accomplir des tâches concrètes. Ce sont des gestes en apparence insignifiants mais qui contribuent puissamment au processus de deuil : réaliser les promesses faites au défunt, exécuter les rituels funéraires prescrits par la coutume, ranger les photos dans un album, se défaire des vêtements et objets personnels, garder un ou deux souvenirs symboliques.
Ces actes ont une portée bien au-delà de leur aspect pratique. En les posant, l'endeuillé démontre à lui-même et à ses proches qu'il s'engage dans l'acceptation de la mort. Chaque objet rangé, chaque promesse tenue est une manière de dire : « Je reconnais que tu es parti, et je continue à vivre. » C'est un ancrage dans la réalité qui complète le travail intérieur des émotions.
Étape 5 : La recherche d'un sens
L'expression des émotions et l'accomplissement des tâches concrètes permettent à l'endeuillé de prendre peu à peu ses distances vis-à-vis du décès. Il n'est plus entièrement absorbé par le monde de ses émotions. Le temps est venu de se poser des questions plus vastes : Qu'est-ce que j'ai appris sur ma vie en l'absence de l'être cher ? Quel sens prendra ma vie désormais ? Y a-t-il un au-delà ? Pourquoi un Dieu si bon est-il venu chercher mon enfant ?
Monbourquette insiste : beaucoup de psychologues et de thérapeutes du deuil négligent cette étape, croyant à tort que le deuil se termine avec l'expression des émotions. C'est une erreur. Le questionnement sur le sens — qu'il soit existentiel, philosophique ou spirituel — est une étape à part entière. Il permet à l'endeuillé de transformer sa perte en croissance, de reconnaître qu'il a mûri et trouvé de nouvelles directions dans sa vie.
L'anecdote que raconte Monbourquette illustre bien cette étape : une femme ayant perdu son bébé de huit mois, non croyante, finit par trouver un sens en confiant son enfant, dans son esprit, à une amie décédée qui n'avait pas pu avoir d'enfant. Cette réponse, venue de son propre univers intérieur, lui permit de cesser de pleurer et d'enterrer les cendres. Le sens ne s'impose pas de l'extérieur : il émerge de l'intérieur.
Étape 6 : L'échange des pardons
À l'expérience, Monbourquette a constaté la nécessité de pardonner pour achever le processus de deuil. Cette étape se déroule en deux mouvements complémentaires. D'abord, pardonner au défunt ses fautes et surtout son départ — ce qui libère l'endeuillé des restes de colère que le départ a provoqués. Ensuite, demander pardon au défunt pour ses propres faiblesses et manques d'amour, ce qui réduit l'intensité du sentiment de culpabilité.
Cet échange de pardons n'est pas un exercice intellectuel. C'est une démarche intime, souvent accompagnée par un rituel, qui permet une véritable réconciliation intérieure. L'endeuillé se sent en paix avec lui-même et se trouve disposé à accueillir ce qui vient ensuite : l'héritage spirituel.
Il est important de souligner que pardonner ne signifie pas oublier, ni excuser. C'est se libérer d'un poids, lâcher ce qui retient encore l'endeuillé dans la souffrance, pour pouvoir avancer. Le pardon est un acte de liberté intérieure.
Étape 7 : La prise de possession de l'héritage spirituel
L'héritage spirituel est la dernière étape du processus de deuil selon Monbourquette. Il consiste à se réapproprier tout l'amour et les rêves dont l'être aimé a été l'objet. Autrement dit, l'endeuillé reprend à son propre compte ce qu'il avait admiré et aimé chez l'autre au moment de l'amour-fusion. Il a le pouvoir d'incorporer dans sa vie les qualités et les talents appréciés chez le cher disparu — à condition d'avoir consenti à le laisser partir.
Monbourquette a conçu un rituel précis pour accompagner cette étape, décrit dans Aimer, perdre et grandir. Ce rituel permet d'évaluer tous les apprentissages acquis en présence de l'être aimé et de s'autoriser à les actualiser pour soi. Grâce à l'héritage, l'endeuillé se trouve gratifié et habité par une nouvelle forme de présence du disparu — non plus une présence extérieure, mais une présence intériorisée.
Le rituel se termine d'ordinaire par une déclaration officielle de la fin du deuil. Dans nos sociétés modernes, on ne sait plus trop à quel moment le deuil est terminé. Or, cette sanction sociale est importante. Monbourquette a observé l'immense soulagement qu'éprouvent les endeuillés lorsqu'une personne de référence leur dit : « Avec la prise de possession de votre héritage spirituel, considérez que votre deuil est bel et bien terminé. »
Le deuil n'est pas une maladie chronique
Pour conclure sa description du processus, Monbourquette tient à affirmer une vérité essentielle : le deuil n'a rien à voir avec une maladie chronique. Ce n'est pas une condition dont on serait victime à vie, pas une blessure qui ne pourrait jamais se refermer. C'est un passage obligé, temporaire, un temps de transformation. Il ne dure qu'un temps — le temps de « faire son deuil ».
Cette vision est profondément libératrice. Elle redonne à l'endeuillé la responsabilité de son chemin, sans culpabiliser ceux dont le deuil prend plus de temps. Elle rappelle aussi que le deuil, loin d'être un simple effondrement, est un processus de croissance. On en sort différent, certes — mais on en sort grandi. C'est tout le sens du titre Aimer, perdre et grandir : aimer, perdre, et finalement grandir à travers la perte.
Si vous souhaitez approfondir cette dimension, développer une haute estime de soi est l'un des chemins que propose la pédagogie Monbourquette pour transformer les épreuves de la vie en occasions de croissance personnelle et spirituelle.
Comment se faire accompagner dans son deuil ?
Traverser un deuil seul est une épreuve immense. Si les sept étapes décrites par Monbourquette offrent une carte du territoire, l'accompagnement reste précieux pour cheminer à travers ces paysages parfois escarpés. Un groupe de deuil, un atelier ou un accompagnement individuel peuvent faire une différence considérable.
L'association Estimame, Association internationale de l'estime de soi et du Soi, propose des ateliers spécifiquement consacrés au deuil, animés par des praticiens formés à la pédagogie de Jean Monbourquette. L'atelier « Vivre ses deuils : Aimer, perdre et grandir » s'adresse aux personnes qui ont perdu un être cher, ainsi qu'à celles qui souhaitent comprendre le processus pour accompagner d'autres endeuillés. Ces ateliers alternent apports théoriques, stratégies vécues en groupe et réflexion personnelle, dans un climat de bienveillance et de confidentialité.
Que vous soyez en deuil ou que vous accompagniez des personnes endeuillées dans votre pratique professionnelle, choisir un atelier sur le deuil peut être une étape décisive. Les praticiens Monbourquette, répartis en France, en Belgique, en Suisse et au Luxembourg, proposent des ateliers en présentiel et en résidentiel, accessibles à tous dans le respect des convictions de chacun.
Questions fréquentes sur le deuil
Combien de temps dure un deuil ?
Il n'existe pas de durée universelle. Monbourquette insiste sur le fait que chaque personne vit son deuil à son rythme. Certaines étapes peuvent prendre des semaines, d'autres des mois, voire des années. Ce qui compte n'est pas la vitesse, mais le mouvement : tant que le processus avance, même lentement, le deuil suit son cours normal. Un deuil qui semble bloqué au-delà de plusieurs mois peut toutefois bénéficier d'un accompagnement professionnel.
Est-il normal de ressentir de la colère en deuil ?
Oui, absolument. La colère est l'une des émotions les plus fréquentes du deuil. Elle prend souvent la forme d'une protestation contre le défunt, accusé d'avoir abandonné. Beaucoup d'endeuillés n'osent pas l'exprimer, trouvant inconcevable de se fâcher contre un mort. Pourtant, reconnaître et exprimer cette colère est une étape saine et nécessaire du travail de deuil. Monbourquette montre que la colère refoulée peut se transformer en culpabilité ou se déplacer sur l'entourage.
Quand faut-il consulter un professionnel ?
Il est recommandé de consulter lorsque le deuil semble bloqué : déni persistant au-delà de plusieurs mois, isolement social, idées noires, incapacité à reprendre les activités quotidiennes, ou recours excessif à des substances pour anesthésier la douleur. Un accompagnement professionnel — individuel ou en groupe — peut aider à débloquer le processus et à retrouver le chemin de la croissance.
Le deuil concerne-t-il uniquement le décès d'un être cher ?
Non. Monbourquette a élargi le concept de deuil à toute perte significative : séparation, divorce, perte d'un emploi, perte de santé, perte d'un idéal. Le processus en sept étapes s'applique à toutes les formes de perte, car le mécanisme psychologique est le même : il s'agit de perdre un attachement et de réorganiser sa vie en l'absence de ce qui était aimé.